(28 juin 2013 : suite à la demande d'un lecteur, je repartage cet article publié il y a deux mois revu et augmenté...)

Lorsque l'on s'intéresse aux fameuses "soupes d'ailerons" censées être la cause de l'extermination du requin dans le monde (shark finning), on constate que tout cela n'est pas aussi simple.

Est une manipulation de plus ?

Dans un article de janvier 2012, Chuck Thompson,  écrivain américain s'est intéressé à la réalité du commerce relatif aux soupe d’ailerons de requins Ainsi dans un article il propose une analyse très intéressante, fruit d’un travail d’investigation effectué à Hong Kong durant plusieurs mois, "la capitale de la soupe".
http://www.guyharveymagazine.com/topics/conservation/4-lies-shark-fin-soup

On a toujours fait état d'une demande apparemment sans fond pour la soupe d’ailerons en Asie et en Chine. Demande d'autant plus forte que la population et surtout le pouvoir d'achat des Asiatiques se sont accrus de façon presque insolente ces dernières décennies, à la barbe et aux yeux d’un Occident au bord de la récession.

A Hong Kong ce plat n’est pas aussi traditionnel que l'on tenterait de nous faire croire.
Il ne retrouve aucune trace de plat à base de requins dans l'histoire de Chine. « Contre toute attente, pour le festin des noces de l'empereur Guangxu en 1889 il n'y avait aucun produit à base de requins. »
Il semblerait d'après l'enquête menée que si le requin a toujours été consommé de façon régulière en Chine, il n'a jamais été un plat traditionnel.
Et ferait parti des idées reçues, au même titre que celles selon lesquelles les Chinois lient les pieds des jeunes femmes.
Il indique avec humour que la culture asiatique ne fait pas de distinction entre les espèces animales. Un adage ancien indique qu'ils mangent tout ce qui est à 2 pattes, sauf les humains, et tout ce qui est à quatre pattes, sauf les tables.

Alors pourquoi en est-on arrivé à la situation actuelle on l'on présente cette pratique culinaire comme dévastatrice pour la nature ?

Il avance l'hypothèse selon laquelle le commerce lié à la soupe d'ailerons serait une pure construction marketing qui aurait permis à une sorte de mafia des ailerons de rendre ce plat populaire et incontournable.
Le business autour des soupes d’ailerons génère un chiffre d'affaires estimé entre 300 millions et 1 milliard d'euros par an.

En questionnant des Asiatiques, il se rend compte qu'ils ne cherchent pas vraiment à consommer de la soupe d'ailerons, mais que ce plat est systématiquement proposé par tous les restaurants dans le cadre des menus de fête.

Vous n'avez tout simplement pas le choix
!
 De ce fait, cette soupe se retrouve populaire, bien malgré elle. 
Sa consommation permettant de générer des profits pour ceux qui entretiennent cette mode.
Il conclut en indiquant que durant la période qu'il a passée à Hong Kong, il avait constaté que plusieurs restaurants servant de la soupe d’ailerons avait fini tout simplement par fermer !
Pour abonder dans le sens de son analyse, il l'indique que le gouvernement chinois communiste n'avait aucun intérêt à perpétuer ce genre de tradition supposée être l'apanage des riches. Et ce n'est qu'à partir des années 80, avec la réforme du marché lancée par Den Xiaoping, que ce plat est redevenu à la mode en temps que "signe extérieur de richesse".
Ainsi, le mythe de la soupe en tant qu'élément central des festivités en Asie, voir aphrodisiaque, ne serait en fait qu’une pure construction. Beaucoup de petits restaurants proposent des soupes pour un prix totalement dérisoire de 1 à 2€ et peine à trouver preneur.

La consommation d’ailerons ne serait donc plus une simple curiosité gustative touristique, qu'une véritable coutume séculaire.

Bizarrement, lorsque l'on gratte un peu du côté des États-Unis, on s'aperçoit que dès janvier 1978, les National Marine Fisheries Service (NMFS), et les Fisheries Service du National Oceanic and Athmospheric Administration (NOAA), encouragent la mise en valeur de la pêche aux requins, une espèce sous-exploitée.
Tout est fait à cette époque pour dynamiser la pêche aux squales, avec même la parution de en février 1985 le Florida Sea Grant publie le livre "Manual of shark fishing". (Parmi les auteurs, on retrouve …George Burgess, "le pape des requins" mais chut !).
La pêche aux requins est encouragée de tous les côtés avec la le développement d'une véritable économie avec une multitude de pêcheries dédiées entièrement à la pêche de ce poisson.
A la Fin des années 80, le NMFS ENCOURAGE MÊME LE COMMERCE DES AILERONS DE REQUINS, et donc forcement sa consommation…par les asiatiques. Avant de bannir cette pratique une dizaine d'années plus tard sous la pression des ONG.

Et si c'était les États-Unis qui avaient relancé la mode de la soupe d'ailerons dans les années 1980 Pour s'assurer des débouchés pour leurs requins ?
Et qui 20 ans après, ce sont mis à diaboliser "ces pratiques barbares asiatiques" ?
Cela ne serait pas la première fois qu'ils feraient preuve de tout et son contraire…inciter à une pratique puis la stigmatiser  par la suite.

Si on part du principe que le requin est un « poisson normal" comme les autres poissons carnassiers, il semble logique de rentabiliser au maximum sa consommation.

Plusieurs dizaines de millions de requins sont pêchées chaque année pour leur viande.
Cela constitue des milliers de tonnes d’ailerons de requins qui finiraient à la poubelle s'il n'avait pas d'intérêt à être commercialisé.
La consommation des nageoires semble donc être à la base plutôt ÉCOLOGIQUE en limitant au maximum les déchets organiques de la pêche qu'il faudrait éliminer.

Car à côté de cela, les ailerons de plusieurs milliards d'autres poissons sont jetés chaque année dans le monde, ce qui représente des centaines de milliers de tonnes !
Que ce soit les nageoires des autres poissons prédateurs (thons, espadons, marlins, dorades, etc.) ou de tout les autres poissons pêchés chaque année, le requin est la seule espèce ou on arrive à commercialiser un simple déchet ! Et comble de l'ironie,  ces déchets valent 100 fois plus que la chair du poisson elle-même !
Comme le disent les spécialistes, « le requin c’est comme le cochon, tout est bon » !

 Je sais que ce raisonnement ne fera pas plaisir à certains,  mais ne pourrait-on pas considérer la consommation des ailerons de requins comme une pratique hautement écologique ?
 Qu’elle est le coût du traitement ou l'impact sur l'environnement  de la destruction ou du rejet des milliers de tonnes de nageoires constituant une part non négligeable des déchets de la pêche ? (5 à 7 % du poids total dans un requin).
Lorsque que les médias vous montrent des terrasses entières dédiées au séchage de milliers d'ailerons de requins, tout le monde est indigné car cette image est toujours associée à un massacre insoutenable.
Mais il faut savoir que dans une très large majorité,  ces étalages de nageoires ne constituent qu'une forme de récupération et d'exploitation "durable" de déchets de la pêche.

Malheureusement, et comme à chaque fois dans l'histoire de l'homme, c'est le comportement de certains qui pénalise la majorité.
Certains bateaux du large, notamment les navires usines occidentaux capturent « accidentellement » 60 % des 30 à 70 millions de requin pêché par an dans le monde.
On appelle cela les captures accessoires. Ce sont tous les poissons qui ne sont pas ciblés mais capturés quand même lorsque les énormes senneurs remontent leurs filets.
Ce genre de pratique se constate principalement dans le cadre de la pêche aux thons. Les requins pris dans les filets, plutôt que d'être rejeté entier, sont parfois remis dans l'eau sans leurs ailerons.
Les ailerons sont faciles à stocker puisque destinée à être séché, n'ont pas à aller en chambre froide. Ils constituent un revenu non négligeable pour les matelots, payé une misère par les armateurs occidentaux, lorsqu’ils sont recrutés dans les pays pauvres, ce qui est souvent le cas.

Il y a aussi, à côté de cela, forcement quelques pêcheurs barbares qui pêchent intentionnellement les requins QUE pour leurs ailerons et les relâches encore vivants, condamnée à une mort certaine dans d'affreuses souffrances. Ils méritent d'être condamnés pour ce genre de pratique ignoble.
Ces pêcheurs constituent une infime minorité dans la profession, et pourtant, ce sont ceux qui ont fait l'objet d'une médiatisation outrancière. Ces pratiques étant relayées en boucle par les ONG dans le but de stigmatiser le comportement monstrueux de" TOUT" les pêcheurs, et a permit de transformer le requin en "victime de la cruauté des hommes".

Du coup l’amalgame a bien fonctionné : l'opinion est persuadée que tout les requins massacrés dans le monde sont pêchés uniquement pour leurs ailerons et sont relâchés "morts-vivants".

Mais qui sont ces « ignobles pêcheurs » coupables de ces pratiques ?
 On peut envisager 2 cas de figures,  soit ce sont des pêcheurs orientaux (ou des pays sous-développés), soit ce sont des pêcheurs occidentaux.

1)  Pour les pêcheurs "orientaux", le poisson étant une denrée nourricière indispensable, quel serait leur intérêt de jeter une chaire appréciée par leur communauté ? On sait que les requins sont consommés jusqu'aux arêtes dans la totalité les pays du monde en voie de développement. Ils n'ont pas le choix, il mange tout ce qu'ils arrivent à attraper, c'est dans leur culture depuis la nuit des temps.

2) On sait par contre que la chair de requins ayant peu de valeur en Occident, ils n'ont aucun intérêt à s'encombrer dans les cales froides des navires d'un tel volume d'une si faible valeur marchande. Sachant que les ailerons eux, se stockent facilement.

Ainsi, à la lueur de ce raisonnement, est-ce que ces vilains pécheurs ne seraient pas tout simplement les marins de nos PROPRES navires occidentaux, puisque seul les pays occidentaux sont capables de faire preuve d'un tel gaspillage ?
Et ne serait-ce pas pour cela que l'union européenne en 2012 a rendu obligatoire le débarquement des requins entier ? Cela empêche nos marins de conserver uniquement les nageoires lors des captures accessoires.
Mais cela reste malgré tout qu'une goutte d'eau dans l'océan, car la plupart des navires occidentaux ont des ports d'attache dans des pays étrangers qui ne sont pas soumis à cette réglementation.

 Et pourtant, la désinformation continue toujours à être de mise,  avec en ligne de mire les « us et coutumes orientaux ».
Nous en avons un parfait exemple dans une récente dépêche AFP du 28 février 2013, rédigé par leur correspondant local, et reprise massivement par tout les médias.
(Voici un lien au hasard http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/nature-environnement/20130301.AFP5196/pour-les-bols-de-soupe-chinois-les-requins-d-indonesie-sacrifies.html)
 L’analyse de cette dépêche est particulièrement  représentative de la manipulation d'opinion.
Déjà le titre de cette dépêche ne laisse planer aucun doute sur les coupables :"Pour les bols de soupe chinois, les requins d'Indonésie sacrifiés ".
 L’article démarre avec une phrase choc : «Dans le port de Benoa, à Bali, les requins mutilés sont déchargés par dizaines. A la place des ailerons, une plaie béante dégouline encore de sang: pour remplir les bols de soupe des Chinois, l'Indonésie pille ses mers, menaçant jusqu'à la survie de l'espèce".
 Mais le journaliste,  pas vraiment malin, arrive à "se tirer une balle dans le pied"  en reprenant le propos de Warsito, un pêcheur interrogé :""On ne va pas en mer seulement pour les requins. On prend du thon et du marlin. Mais trouver des requins, c'est une bonne affaire. Les ailerons se vendent très bien et la viande part facilement aussi" !
 
Et bien oui, vous avez bien compris comme moi :  cet article cherche à diaboliser une pratique barbare consistant à tuer des requins pour uniquement pour leurs ailerons,  alors que le pécheur lui indique tout simplement  que  le requin n'est pas plus ciblé que le thon où le marlin, et que sa viande de requins TOTALEMENT consommée !
  la vérité éclatante  vient donc de sortir de la bouche de ce pécheur : le commerce et la consommation d'ailerons  ne constitue donc simplement qu'une rentabilisation des déchets d'un poisson !
 et pourtant, si vous lisez cette dépêche en entier,  vous aurez l'impression au final que les pêcheurs Indonésiens  détruisent la planète et qu'il est urgent de stopper leurs pratiques.

Enfin, pour finir, (et afin de ne pas taxer mon raisonnement de "partisianiste") nous avons une autre version historique opposé de celle de Thompson
http://www.slate.fr/story/41125/requins-economie-peche

cette version indique au contraire que la soupe d'ailerons est un plat totalement traditionnel : extrait : "Le plat est devenu très populaire au XVe siècle, sous la dynastie Ming, et ce grâce à un amiral chinois, Cheng Ho, qui était rentré d'un voyage en Afrique avec une cargaison d'ailerons. Les villageois africains ne les consommaient pas, préférant déguster la chair de l'animal. Et la soupe d'ailerons est bientôt devenue un met incontournable lors de chaque grande réception sous la dynastie Ming. "

Une chose est sur, celle qui a écrit cet article de " slate", (auteur d'un livre "Demon Fish: Travels Through the Hidden World of Sharks") arrive la même conclusion que Thompson selon laquelle cette pratique culinaire s'est développé à partir des années 80...

Qui a raison dans cette histoire ? Une chatte y perdrait ses petits !
Un petit détail cependant ne laisse pas indifférent, Juliet Eilperin plébiscite les actions de "PEW environment"...
Serait-elle à la solde de cette O.N.G. pétrolifère ?
Ce qui expliquerait son parti pris bien évidemment...

Toujours est il que comme l'indique Juliet, les filaments gélatineux extraits des ailerons (après plusieurs heures de cuisson) n'ont strictement aucun goût !
Ce sont les épices et le bouillon de poulet ou de crabes qui y est ajouté qui donne un intérêt gustatif à ce plat...
J’ai eu l'occasion de goûter une fois, et je peux vous assurer que c'est vraiment pas terrible...

 Enfin, un dernier chiffre pour la route, savez-vous que 5 millions de tonnes de thon sont pêchés chaque année dans le monde ? (Source :http://www.rue89.com/planete89/2010/02/10/non-le-thon-rouge-nest-pas-le-panda-des-mers-137658)
  Soit presque quatre fois plus (!) que le nombre de requins (1,4 millions de tonnes)...
 Les thons sont eux aussi des tops prédateurs,  indispensables à l'écosystème, et pourtant personne ne s’en émeut...
 Forcément, c'est une espèce qui n’est pas "bling-bling" et bien moins rentable à protéger que les requins.
 Avec 5 millions de tonnes de thons, cela en fait des nageoires à jeter chaque année...

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