La grande émotion suscitée par le décès d’une jeune baigneuse le 15 juillet 2013 a réveillé les consciences et fait émerger une dimension nouvelle du risque requin, en dehors des schémas consentis qui réduisaient jusqu’alors la crise requin à un « problème de surfeur ».

Les décisions prises en urgence le 19 juillet par 4 ministres et le 13 août 2013 par le conseil d’état ont reconnu le risque requin comme un danger majeur, incompatible avec la simple activité de baignade. La dangerosité de nos rivages s’est illustrée une nouvelle fois en octobre 2013 avec la mutilation d’un nageur de 24 ans à l’Étang-Salé, entérinant la situation de crise.

La prolongation de l’interdiction des activités nautiques jusqu’en septembre 2014 nous amène à craindre la fermeture durable de notre océan, et c’est dans ce contexte inquiétant que les membres de notre association se mobilisent depuis 3 ans.

L’association

L’idée de cette association a émergé suite à la pêche controversée d’un requin bouledogue au lendemain de l’attaque survenue à St Gilles les Bains le 19 février 2011. A cette époque, ni les scientifiques, ni les autorités ne s’étaient inquiétés, préférant réduire cette attaque à un simple « problème de comportement » humain.

 A l’opposé, cette localisation inédite au cœur même d’une zone balnéaire familiale épargnée depuis son origine, avait été perçue comme un signe alarmant par les usagers de l’océan.

Face à l’absence de réactions des autorités suite à une 2ème attaque, mortelle cette fois ci, l’association verra le jour le 04 juillet 2011.

Ce sont des surfeurs qui sont à l’origine de l’association car les premiers concernés. Le panel des membres s’est élargi à l’ensemble des pratiquants et sympathisants du nautisme ainsi qu’aux familles de victimes. OPR compte près de 300 membres et est administré par des bénévoles avec un budget de 2.000 € annuel, issu des adhérents, sans aucune aide publique.

 

Les orientations et stratégies

Nous confrontons l’ensemble des flux de données dans le cadre d’hypothèses et d’analyses, donnant lieu à des publications régulières dans la perspective d’une meilleure appréhension de notre situation locale (opr.re).

Ce travail réalisé depuis 2011 a conduit à une reconnaissance à notre discours pragmatique, nous permettant d’échanger avec de nombreux spécialistes et aussi d’être invité à exposer et à débattre de notre situation locale lors d’un colloque sur la protection des requins en juin 2013 à Monaco.

En parallèle, nous tentons d’informer et de conseiller les décideurs locaux vers une politique de gestion du risque efficace, en collaboration avec PRR et la FFS.

Voici les objectifs d’OPR tel que présentés dans nos statuts : aider à la réduction du risque d’attaque, préserver les activités nautiques, la diffusion des données et méthodes pour réduire le risque, l’aide à toutes personnes ou entités œuvrant en faveur de la réduction du risque, la concertation avec les institutions, et le soutien aux victimes et familles.

 

La situation actuelle :

En février 2014, la plupart des mesures que nous avions proposées dès juin 2011 sont maintenant celles qui sont retenues par l’état, après avoir été longtemps occultées.

 Mais les processus de mise en œuvre effective restent encore laborieux et jonchés d’obstacles.

Le statut du requin, nouveau totem innocent de la Nature, objet de fascination dans notre société, est au cœur d’enjeux environnementaux qui dépassent largement le microcosme local.

Des activistes puissants, organisés en véritable lobbying conservateur, ont freiné considérablement la prise de décision, en multipliant les actions juridiques pour empêcher la mise en œuvre d’un retour à une pression de pêche sur ces prédateurs. Ces entités ou individus, qui se veulent de l’écologie, malgré une faible représentativité, ont tout fait depuis 2 ans pour stigmatiser ceux qui défendaient la pêche.

 Soutenu par les biologistes, ils ont tenté, par le biais d’une véritable guerre médiatique spectaculaire, de nous réduire à de « méchants exterminateurs » face à eux, autoproclamés « gentils protecteurs ». Et c’est cette conception répandue d’une problématique exacerbée qui a compliqué le discernement au sein de cette crise.

D’autre part, les activités nautiques, ethnicisées, ne sont pas vraiment populaires à la Réunion, et les surfeurs constituent une minorité marginalisée dans la société.

La pêche, non interdite et incontournable pour réduire le risque, se trouve difficile à mettre en œuvre. L'idée de tuer un requin, nouvel étendard des océans, pour un simple loisir renvoie à une contradiction sociale aussi profonde que contemporaine. L’ écologisme plaçant désormais la Nature innocente au dessus de l’Humain, forcément coupable.

 

En outre, la France, 2ème  puissance maritime mondiale vient de placer de la moitié de ses eaux en « sanctuaire requin », soit 6,1 millions de km2. Le 26 octobre 2013, jour même de l'attaque sur Tangui, la France a offert une aide record de plus de 20 millions d'euros pour la création de nouvelles réserves marines à l’étranger.

 Face à ces enjeux colossaux, est-il encore possible de croire à une réelle volonté gouvernementale de résolution de crise dans une île devenue le lieu symbolique de la protection des requins dans le monde ?

 Devant l’impasse actuelle, certains nous demandent « d'abandonner l'océan », perspective pourtant inenvisageable pour des insulaires. A OPR, nous avons toujours placé notre démarche dans une perspective écologique, à savoir le maintien d’un équilibre entre activités humaines et respect de l’environnement. La sauvegarde des requins sur la planète ne pourra plus faire l'économie d’un traitement spécifique des endroits comme notre île ou un équilibre a été rompu.

Tous les éléments du terrain (attaques graves et répétées, observations régulières, captures, marquages  etc.) viennent corroborer la présence permanente d’une importante population de gros prédateurs. Les requins côtiers, tigre et bouledogue, espèces non protégées, ne sont plus péchées depuis 15 ans ici car la vente de leur chair est interdite, pour cause suspicion de risque « ciguatera ». La découpe d’ailerons est interdite à la Réunion depuis 2004.

Cette protection locale des requins est désormais admise comme LA cause principale. Géremy Cliff, spécialiste Sud Africain, lors de sa visite d'expertise en septembre 2013 nous a indiqué « qu’aucune réduction du risque ne pourra aboutir sans la reprise d’un effort de pêche sur nos gros requins côtiers dangereux ».

 

Au-delà de la persistance des clivages relatifs aux causes et solutions, notre zone balnéaire désertée se meurt. Plus personne n’ose mettre un pied dans l’océan et nombreux sont ceux, petits et grands qui resteront meurtris par cette véritable tragédie.

En l’espace de 2 ans, l’image de notre île s’est dégradée aux yeux du monde. En 2013, avec une poignée  de téméraires à l'eau, notre petit caillou a concentré près de 15 % des attaques mortelles mondiales sur moins de 20 km de côtes, et 100% des attaques mutilantes, devenant incontestablement l’endroit le plus dangereux sur la planète !

Or le tourisme est notre principal moteur économique, et le tourisme sportif, efficace si équilibré entre montagnes et océan, est un vecteur d'attractivité indispensable.

 

 L’association OPR milite pour la reprise raisonnée de la pêche, et il aura fallu 5 morts et 3 mutilés pour que cette mesure commence à faire le consensus. Nos institutions et nos politiques ont sous-estimé la gravité de notre situation calamiteuse. La dépossession de la zone balnéaire est largement entamée, conduisant à une dépréciation de la totalité de notre territoire.

Les politiques littorales avaient pourtant permis de construire une véritable « maritimité » moderne autour de la richesse de nos flots tumultueux, réussissant à dépasser la vision traditionnelle d’un milieu inhospitalier. Après avoir attiré les passionnés pendant longtemps, notre océan est redevenu synonyme de drames et de souffrances.

 

Cette crise requin prend une dimension centrale pour notre avenir en plaçant la dignité des Réunionnais au cœur de cet enjeu, tant au plan économique que social, car notre île tributaire de subventions et qui bat des records de pauvreté vient d’être amputé de son droit fondamental d'accès à l’océan ainsi que des perspectives majeures associées au développement touristique pour ... 3 poissons !

 

Que proposons-nous pour sortir de la crise ?

Au-delà des différents tabous qu’il conviendra d’atténuer (mort d’un requin, consommation, pratiques nautiques ethnicisées, etc), nous soutenons avec nos partenaires un plan global.

 Ce plan allie plusieurs points à mettre en œuvre conjointement afin de tendre vers risque acceptable, de la modification du comportement des usagers, aux moyens innovants en passant par la réoccupation du de la zone balnéaire par l’humain et le retour à la pêche.

 Dans un lieu ouvert comme l'océan, nul ne peut revendiquer la suppression du risque-requin et aucun programme ne pourra avoir la prétention de garantir un risque nul.

 

Océan Prévention Réunion

 

 

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