Comparaison risques requins

Au lendemain de chaque attaque, nous voyons fleurir dans l'argumentaire de ceux qui veulent nous imposer la dévoration au titre d'une fatalité/normalité, une comparaison entre le risque de requins et le risque en montagne.

Comme pour les autres comparaisons idiotes avec des risques totalement improbables (tel les noix de coco), le seul et unique but de cette comparaison avec le risque-montagne est de ridiculiser ce drame dans l'opinion. Et cela marche bien puisqu'on retrouve cet argument dans le discours des autorités, des scientifiques, et des médias.

Pourtant, comme pour tous les autres poncifs qui sont brandis dans le cadre de la crise requin, celui-ci également ne résiste pas à 2 minutes à l'analyse.

Nous pouvons citer en exemple Pierre Frolla, illustre champion d'apnée et militant de la protection des requins, dans une interview accordée peu après son passage chez nous fin 2012 : « Repensons aussi notre rapport à la mer. Les animaux y sont chez eux. On ne va pas à l'eau comme parc d'attractions. Les surfeurs, qui sont avant tout des amoureux de la nature, le savent. Le surf est une activité physique de pleine nature. Elle ne peut s'affranchir du risque. On ne va pas incriminer la montagne quand un alpiniste disparaît, ni le parachute quand un saut en chute libre se termine mal».

Ces belles paroles semblent transpirer de bon sens puisque cet apnéiste de renom rappelle aux surfeurs une évidence évidente : la nature est imprévisible. Lorsqu’on décide de l’affronter, on s’expose à des dangers qu’il faut accepter, sans pleurnicher où faire de caprices, le risque zéro étant une utopie lorsqu’on affronte la nature.

Pour être reconnu comme un « sportif de pleine nature » dans le sens noble du terme, le surfeur "devrait"  simplement redoubler de prudence est accepter le risque d'attaque (sans broncher) comme des "grands garçons"...et non "faire sa pleureuse égoïste" en exigeant la destruction de la faune marine.

Vous concèderez que cette leçon de morale est plus facile à dire qu’à vivre, quand il s’agit de requins. Mais cela n'empêche pas cette notion d'acceptation fataliste d'être très forte dans une certaine opinion pro-requin et hostile au surfeur.

Régulièrement, on tourne la chose en dérision en comparant les surfeurs avec les d'alpinistes victimes d'avalanche : « est-ce que les alpinistes demandent eux pour autant que l'on rase les cimes des montagnes pour réduire le risque ? »

 

Nous voyons fleurir sur la toile tel ci-dessous un nombre impressionnant de formulation aussi stigmatisantes que moralisantes. Elles ne s'appliquent pas à la Réunion puisque ce sont TOUTES les plages qui de plein océan qui sont interdites : c'est un peu comme si vous arrivez dans une station de ski et que toutes les pistes sont interdites : que feriez-vous alors ? 

 
La fatalité dans un accident d'origine minérale est bien différente de celle d'un risque animal.

Déjà à la base, même si dans ces deux cas, le danger ultime c'est la mort, s’attaquer à réduire un risque minéral ne pose pas de véritable problème éthique, contrairement à un risque animal

L'animal ne fait pas que broyer ou morceler la chair. Il dévore, se nourrit. C’est un acte volontaire, qui fait suite à une décision, prise par un cerveau.

Le risque de chute de pierre ou d'avalanche constitue un risque minéral, qui résulte de facteurs environnementaux, qui sont de mieux en mieux maîtrisé par l'homme.

 
Histoire de la gestion du risque minéral

En France, jusqu'à la seconde guerre mondiale il n'y a pas eu de volonté politique d'organiser la lutte contre les avalanches car le poids économique de la montagne était faible, en comparaison avec l'investissement nécessaire pour réduire ce risque.

Le reboisement était alors jusque-là la seule mesure préventive.

Parallèlement, les activités de loisirs comme le ski se sont considérablement développée durant cette période.

Des catastrophes telles que celles du chalet de l'UCPA à Val-D’isère en février 1970, puis celle du plateau d'Assy en avril de la même année ont symbolisé la défaillance du système de protection en vigueur jusqu'alors.

Suite à cela, de nombreuses structures de recherche furent crées afin de mieux comprendre et appréhender les avalanches de montagneLes progrès techniques ont permis de réaliser d'énormes avancées dans la prédiction de ces phénomènes naturels.

Les secteurs habités ou populaires pour les sports d'hiver ont été aménagés, purgés et (ultra) sécurisés car la préservation des vies humaines est une priorité de la nation.

Pour les endroits non domestiqués ("hors pistes"), on a fini par déboucher sur une échelle de risque comportant cinq graduations, d'un risque minime (niveau 1) à un risque très fort, (niveau 5).

La comparaison est intéressante quand on sait que l'objectif du programme d'étude CHARC est de « constituer une échelle de risque sur le modèle des avalanches » selon les propos du sous préfet de l'époque en octobre 2011.

L'avantage politique de cette échelle de risque et qu'elle ne nécessite qu'une simple responsabilisation des usagers, sans toucher au tabou du véritable danger que constituerait une forte population de requins.

 
Les montagnes sont entretenues à grand frais dans les stations de ski en France. 

Qu'est-ce qu'il se passe en zones fréquentés, en stations de ski lorsque le danger d'avalanche dépasse le niveau trois ou quatre ?

Et bien les autorités effectuent des purges sur toutes les zones à risques, afin de créer les conditions d'un risque acceptable, quasi nul qui protège à minima les zones balisées. Cela veut dire que même avec un risque 5 dans un massif, la pratique reste possible dans des zones sécurisées, pistes vertes et bleus notamment.

Bien sûr, il est plus facile et moins polémique de faire exploser de la dynamite dans les montagnes que de toucher à l'écosystème marin pour sécuriser une activité humaine.

En comparaison, dans le cadre des attaques de requins, agir sur la nature lorsque le risque est fort pourrait se traduire par des mesures physiques de protection ou de pression sur la population de squales.

Or durant 2 ans, de 2011 à juillet 2013, le risque a été très fort, et c’était uniquement « à vos risques et périls ».

Rapporté à notre situation, c'est un peu comme si vous étiez une semaine en station de ski, et que suite à un bon enneigement, on ne touche à rien, on vous conseille gentiment de ne pas vous rendre sur les pistes car c’est la nature et il faut attendre plusieurs jours le dégel.

 
Le risque animal dans l’océan n’est pas du tout comparable au risque minéral en montagne.

La prévisibilité du risque requin est bien plus subjective que celle du risque d’avalanche de neige par exemple, déterminée par des conditions physiques et par conséquent mesurables : taux d'enneigement, température donnée, et état de stabilité de la sous-couche.

L'avalanche de rochers elle, comme c'est le cas à la Réunion sur la route du littoral par exemple, dépend principalement de la pluviométrie et de l'érosion. Elle peut donc être prévue grâce à des capteurs, des observations visuelles. Et dans tous les cas, un déploiement impressionnant de filets (au détriment des oiseaux marins en passant) sur l'ensemble de cette falaise ainsi que des purges régulières garantissent un risque extrêmement faible.

S’agissant des risques liés à la montagne, nous pouvons dire qu’en France nous sommes face à une prise en charge conduisant à un niveau de sécurité tout à fait satisfaisant depuis plus de 30 ans.

 
Mais qu'est-ce qu'un risque « acceptable » vis-à-vis du droit français ?

C'est forcément un risque rarissime, avec un impact faible permettant la poursuite d’une activité de façon sereine, avec une acceptation sociale du drame lorsque celui-ci survient : "c'est la fatalité, le destin"

Le risque d'être enseveli par une avalanche pour un skieur hors-piste est important au plus fort de l'échelle du risque (niveau 5/5), mais reste très faible lors de conditions idéales (niveau 1/5).

A côté de ces intrépides, la quasi-totalité des autres personnes pratiquent sur les pistes balisées des stations, ou le risque d'être emporté par une avalanche est quasi nul.

Un accident mortel du à une avalanche est survenu le 30 mars 2013 sur une piste balisé dans le domaine des « Arcs » et a été d’ailleurs décrit comme un « évènement extrêmement rare » en regard des millions d'utilisateurs annuels des pistes des stations de ski.

Et nul doute que celui-ci fera l’objet d’une enquête minutieuse et de multiples remédiations pour prévenir dans le futur.

Les pistes de ski restent donc des espaces sécurisés, vérifiés, purgés car destinés à une pratique familiale où la nature est en quelque sorte domestiquée et le risque est réduit à son minimum.

Les pratiquants de sports de montagne ont ainsi le choix entre une pratique extrêmement sure : les pistes balisées, et une pratique hors piste beaucoup plus dangereuse.

Il existe en France des milliers de kilomètres de pistes balisées et sécurisés constituant de larges espaces permettant la pratique familiale des sports de montagne.

A la Réunion, dans la zone balnéaire, véritable station de sports nautiques, il n'y a plus que du hors-piste de niveau 5 permanent !

Il n'existe plus aucun endroit ici ou la pratique du surf est possible avec un risque modéré, si on souhaite pratiquer à un certain niveau. Dès que les conditions de vagues sont significatives, le risque devient immédiatement très fort.

Seule une pratique de type loisir (avec surveillance) dans des petites vagues avec des conditions idéales ou bien à l’abri dans le lagon laisse envisager un risque très faible et donc acceptable. Or la pratique du surf par essence ne peut se réduire à une confrontation avec des conditions de pratique aussi modestes.

Le risque requin en surf à la Réunion n'est donc en aucun cas comparable avec le risque en montagne ici ou ailleurs, puisqu'il n'y a strictement AUCUNE alternative à une pratique extrêmement dangereuse !!!

Et renvoyer des surfeurs au lagon sécurisé c'est aussi ridicule que de renvoyer par exemple des milliers de vacanciers équipés de skis à l'unique patinoire municipale, seul espace sécurisé d'une grande station de sports d'hiver...

De même, que diriez-vous si lors de vos vacances en famille à la montagne ou au ski, vous avez une probabilité de 1/1000 de vous faire ensevelir vous faire dévorer par des loups ou des ours sur les pistes ?

Et qu'on vous indique avec une bienveillance déconcertante sur des panneaux à l'entrée de la station que vous pratiquez les activités « à vos risques et périls » ? 

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