Combien de personnes ont été sauvé d'une mort certaine par noyade par des surfeurs ?

Plusieurs dizaines de milliers à travers le monde sans aucun doute. Une étude australienne récente1 a estimé à 5000 le nombre de sauvetages effectués par des surfeurs chaque année, ce qui est comparable au nombre total de sauvetages annuels réalisés par les maîtres nageurs sauveteurs de ce pays.

 A la Réunion, on peut considérer que plusieurs centaines de personnes probablement condamnées à une mort certaine, ont été sauvées grâce à l’intervention des surfeurs.

 

C’était essentiellement le cas entre les années 1980 et 2000, avant que les surveillances des plages ne deviennent quotidiennes. Tous les Réunionnais se souviennent qu’à cette époque, les plages de plein océan, notamment boucan et roches noires étaient très populaires.

 Historiquement,  les réunionnais ont payé un lourd tribut à un océan réputé pour sa grande dangerosité. Chaque entrée de houle, aussi soudaine que fréquentes, était synonyme de très forts courants qui emportaient facilement les baigneurs et pêcheurs imprudents.

A partir des années 1980, les surfeurs ont commencé à être présents dans l’eau à chaque fois qu’il y avait des vagues, du lever du jour à la tombée de la nuit. Ils étaient donc en première ligne pour intervenir, puisque ce sont les vagues, qui, par le jeu du ressac occasionnent les courants les plus violents à la côte : c'est quand il y a des vagues qu'il y a le plus de noyades.

Dans ces années-là, la surveillance des plages avait lieu de 9h30 à 17h30, uniquement le week-end. Avant et après ces créneaux de surveillance, il n’y avait personne pour porter secours aux baigneurs en difficulté. Nous avons tous durant cette époque portée assistance à des nageurs en difficulté. Certains locaux de la  plage de Boucan Canot, la plus dangereuse, ayant même été récompensé pour « acte de bravoure ».

  Désormais, les simples baigneurs sont devenus beaucoup plus rares à la Réunion. Heureusement pour eux car il ne reste plus beaucoup de surfeurs pour leur venir en aide en cas de difficultés.  Par contre, il reste encore beaucoup de « petits pêcheurs à pied », et ils se font souvent surprendre par la houle. Un des derniers en date, se trouvant condamné à une mort certaine après avoir perdu pied, a été sauvé in extremis par Christian2, un ami qui surfait à la passe de l’Ermitage, lieu réputé notoirement pour son courant violent. Malgré la crise actuelle et la relative désertion des spots, les deux seuls surfeurs présents dans l’eau ce matin-là ont pu porter secours alors que l’incident s’est produit vers 9h, avant l’ouverture du poste de secours.

 C’est parce qu’ils passent beaucoup de temps à scruter l’océan à la recherche de la belle vague, où lorsqu’ils l’attendent que les surfeurs sont particulièrement enclins à être témoins d’incidents. Nul doute qu’ils ont fini par développer des stratégies d’explorations visuelles particulièrement fine. Nous avons tous pris l’habitude de repérer la moindre agitation anormale à la surface de l’eau, étant depuis toujours à l’affût d’un danger,  notamment d’une présence éventuelle de requins.

 Il est évident que si le surf venait à disparaître, c'est toute une véritable chaine de secours fonctionnant parfaitement et gratuitement depuis des dizaines d'années qui s'étendrait.

Déjà que les centaines de gens ont arrêté leurs pratiques nautiques à la Réunion. Ils ne regardent même plus l'océan puisqu’il ne représente plus d’intérêt, cela divise d'autant les chances d'apercevoir une personne en difficulté.

 

 Mais pourquoi les surfeurs constituent la catégorie d’usagers la plus à même de secourir les baigneurs ?

Tout d’abord, nous avons vu que c’est par ce qu’ils utilisent les vagues, et que  la force du courant augmente proportionnellement à la taille des vagues.

 Mais c’est sans conteste la présence d’une planche qui est déterminante. Elle permet de recueillir la victime, de l’allonger et de la ramener dans l’eau sans trop de fatigue dans la plupart des cas. Grâce à sa planche, n'importe quel gamin peut porter assistance à une personne qui serait en train de se noyer. À l’inverse, il n’est pas conseillé de porter secours à un baigneur en difficulté si vous êtes simplement à la nage.  En effet, les techniques de sauvetage à la nage nécessitent un apprentissage long et rigoureux ainsi qu'une excellente condition physique en plus de bonnes qualités de nageur. Sachez que lorsque vous intervenez pour porter assistance à une personne en train de se noyer, le premier réflexe de celle-ci et de vous attraper fermement afin d’obtenir un appui pour respirer. Dans ces moments-là, la victime se fiche éperdument de votre sort : son seul objectif est de maintenir ses voix respiratoires hors de l'eau3.

 Beaucoup d’apprentis sauveteurs ont tragiquement fait les frais de ce réflexe de survie incontrôlable, en finissant eux-mêmes au fond de l’eau.

La présence de cette planche est un élément déterminant dans cet acte de secours nautique.

 Et c’est sans doute sous l’impulsion de cette technique que s’est développée le matériel de secours moderne. Il comprend une planche de survie (« surf rescue »), sorte de planche de surf adaptée pour recueillir et transporter des victimes, utilisée de nos jours avec succès par les sauveteurs du monde entier.

Les témoignages de sauvetages par des surfeurs sont tellement nombreux dans le monde qu’il faudrait plusieurs ouvrages pour en parler. Vous pouvez vous faire un petit aperçu via ce lien qui compile quelques histoires récentes en Atlantique4. La présence des surfeurs sur les plages océanique en France est primordiale, dans une perspective de secours nautiques.

 

 Voici un propos telle que l’on peut retrouver fréquemment à propos des surfeurs sur la côte atlantique : « Cet été, certains d'entre eux ont brillé par leur bravoure. Trois jeunes ont été salués par la préfecture pour avoir aidé, au péril de leur vie, à sauver trois baigneurs. (...) la présence des surfeurs sur et au bord de l'océan est aussi, comme l'a souligné à plusieurs reprises Christophe Birot, maire d'Hourtin, « un vecteur extraordinaire de sécurité pour les plagistes ». En effet, pendant l'été, ils se révèlent souvent de précieux auxiliaires des CRS et autres sauveteurs nautiques, notamment lors de situations exceptionnelles. Mais surtout avant le début et après la fin des périodes de surveillance de baignade. 5…) comment ne pas rappeler la formidable leçon de courage de (...) Hadrien Ballion, émilien De Ridder et Nicolas Robert, qui ont très activement participé au sauvetage de trois personnes, au péril de leur vie, lors de la tragique baignade du 21 juillet dernier face à Hourtin Plage.
Un acte de bravoure exceptionnel qui a justement valu à leurs auteurs la remise du diplôme et de la médaille pour acte de courage et de dévouement, échelon bronze, par le préfet de police de la Gironde Jean-Luc Falcone lors d'une cérémonie solennelle le 28 août dernier5. »

Un responsable de d'un syndicat de sauveteurs indiquait même en 20126 que la baisse du nombre de noyades est directement due à « la multiplication des écoles de surf sur la côte (…) Tous les surfeurs pratiquent ce que l'on appelle le "sauvetage sauvage" en sortant des baigneurs en danger de l'eau ».

 Le surf est une pratique pré-requise quasi incontournable pour devenir sauveteur en mer : la majeure partie des sauveteurs sur les plages sont des surfeurs. Ils trustent littéralement les examens de passage, dont l'aptitude à l'océan, l'aisance aquatique est prépondérante.

Il faut dire que l'Océan, ce n'est pas forcément donné à tout le monde.

Il ne suffit pas de savoir nager. Il faut le vivre, le comprendre, le ressentir, tel un véritable sixième sens. Seul un surfeur connaît par cœur le rythme des vagues, il n'est pas perturbé par le fracas incessant des flots sur son corps et les pertes de repères continuelles qu’occasionne le brassage par la houle. Il sait gérer parfaitement toutes ses activités dans ce milieu pourtant si hostile au commun des mortels.

Comme nous l’avons vu précédemment, le surf est une activité ou l'harmonie avec la nature est primordiale. Il faut faire preuve d'une certaine forme de souplesse, de fluidité, en utilisant sans cesse le rythme des vagues pour être en symbiose avec ce milieu

Dans un texte intitulé « le surfeur, sentinelle de la mer », publié Le 26 septembre 2011 un ami surfeur7 aura décrit avec des mots très justes tout ce que le surf et les surfeurs ont pu apporter en termes de connaissances, de maîtrise de l'océan en mouvement. Il propose une comparaison intéressante le rôle des surfeurs sur les rivages à celui des guides de haute montagne. Tout deux sont spécialisés dans la connaissance d’un milieu hostile, et tels des Saint-Bernard, sont là  si besoin pour apporter conseils et assistance le cas échéant.

 Il s’était exprimé suite aux multiples critiques et dérapages à l’encontre des surfeurs inconscients qui enflammaient l’opinion : « Je connais bien le surfeur, je le connais en long en large et en travers, je connais ses habitudes, ses défauts, ses qualités, ses rêves et ses cauchemars…Je suis surfeur… Je suis surfeur à l’Ile de la Réunion. Aujourd’hui, même si mon enthousiasme de surfeur n’égalera plus jamais celui de mon passé, j’écris pour prendre la défense de mes remplaçants, sans effets de style, sans excès, mais sans détours.

Pris pour cible 4 fois, en moins de 7 mois, sur une portion côtière de 3,5 km de long par des squales, le surfeur n’est pas seulement victime d’attaques de requins. Il souffre aussi de l’attitude maladroite de certains observateurs sur la terre ferme, une attitude que je déplore pour être prolifique en propos déraisonnables et parfois même cruels…

Ces propos apparaissent dans des commentaires postés sur internet. Vous les trouverez dans des forums à la suite d’articles de sites spécialisés dans l’information locale. Ces propos tenus en grand nombre par un public non averti, en réaction aux récentes attaques de requins, témoignent d’une grande méconnaissance de la pratique du surf, qui reste sans doute encore confidentielle à la Réunion : je veux dire par là qu’elle n’est pas vulgarisée au grand public, à l’image du ski alpin. On voit souvent le surfeur comme un trompe-la-mort inconscient et frivole plutôt qu’un athlète aguerri aux sports nautiques. Mais ne vous méprenez pas, le surfeur est un excellent nageur. S’il ne vous surprendra pas par ses chronos en bassin, il conservera sa flottaison quoiqu’il arrive. Il la conservera avec ou sans sa planche. Car le surfeur est entrainé à sortir de cette machine à laver qu’est la vague. Il est entrainé à une apnée stressante et possède une bonne perception des courants. Le surfeur bénéficie en plus d’une acuité réactive au danger que représente une série de vagues. « Nager » et « nager dans les vagues » sont deux choses bien différentes. Et dans ce domaine, personne n’égalera jamais le surfeur ou le bodysurfeur. D’ailleurs, pour se tirer d’un mauvais pas, quoique sa planche lui suffise souvent (c’est entre autres pour cela qu’il échappe à la réglementation du drapeau rouge, mais plus encore parce que celui-ci est synonyme de bonnes conditions à notre sport), il fait d’avantage confiance à un de ses collègues plutôt qu’à un baigneur et même, avouons-le, qu’à un sauveteur, toujours un peu plus éloigné des lieux. Dans l’immense majorité des cas, le MNS se révèle être lui même un surfeur, ayant grandi au milieu de vagues réputées puissantes : les vagues coralliennes de l’Ile de la Réunion.

Le surfeur est aussi très souvent un apnéiste de talent et un plongeur-chasseur qui connaît bien les fonds marins. Certains d’entre nous sont également des moniteurs diplômés d’état enseignant quotidiennement le surf et qui ne le seraient pas sans avoir dédié leur vie à cette passion. Pour toutes ces raisons, nombre de surfeurs, qui cumulent ces compétences, au terme d’un long apprentissage qui n’est pas dénué de risques, sont des spécialistes du milieu aquatique tropical. Je regrette donc cette image irrespectueuse que certains ont pour les surfeurs de notre île. Quand je séjourne en Savoie et que je croise les moniteurs de ski ou les guides de haute montagne de la vallée du Mont Blanc, je les admire et envie leur connaissance de la montagne. Je réalise qu’il a fallu plusieurs décennies à chacun d'eux pour forger leur expérience de ce milieu resté sauvage et que la disparition de l’un d’entre eux est toujours une tragédie.

Alors, je lis ces posts et commentaires et je note que pour beaucoup, l’homme n’a rien à faire dans la mer et que ce n’est pas son habitat naturel. Je devine aussi que le surfeur a encore moins de légitimité car il prend une place qui ne lui appartient pas dans le seul but de satisfaire son plaisir égoïste de glisse sur les flots. Il n’est pas là par nécessité, comme peut l’être le pêcheur ou le chasseur sous-marin. A lui donc d’assumer les risques, en particulier pour un plaisir solitaire.

Cependant, qu’est ce qu’un surfeur exactement ?

Certes, le surfeur est visible, bronzé, pleins de couleurs, sportif et expose sans pudeur ses muscles lissés par l’effort et les rouleaux. Il vit un peu dans sa bulle et ne parle que de son sport, avec son propre langage. Cela agace parfois, mais réfléchissez : c’est parce que le surfeur est souvent très jeune. Le surfeur expérimenté et plus âgé, qui constitue un pourcentage plus faible de sa communauté, est lui beaucoup plus discret.

En premier, le surfeur est à l’avant-garde du risque requin. Il se situe, bien avant le baigneur, à la rencontre avec le squale. Il constitue un poste d’alarme qui donne l’alerte en cas de danger. Et voilà que notre alarme sonne et clignote au rouge depuis 7 mois. Alors ne vous-y trompez pas, après le retrait des surfeurs, la prochaine cible sera un baigneur du dimanche, peut être un très jeune, en zone de baignade surveillée, à quelques mètres du bord, dans une eau limpide et à un horaire dit conventionnel.

De la même manière, l’observateur lointain qui a la critique facile et se gargarise des accidents de surf (j’entends par là, attaques de requins et non noyades), oublie volontiers que le surfeur sauve chaque année, anonymement, plusieurs baigneurs de la noyade. Quel est celui qui me dira qu’il ne se sent pas rassuré de faire sa brasse aux abords d’un spot de surf bien fréquenté ? Alors, si demain, le surfeur, sentinelle de l’océan, non seulement par sa pratique sportive, mais aussi par ses actions engagées dans la sauvegarde de l’environnement, disparaît de la plage, vous verrez soudainement augmenter la timidité des baigneurs à profiter de nos eaux tropicales. Vous verrez s’interroger tout un tas de personnes auparavant enclin à privilégier la destination Réunion dans leur calendrier de vacances. Vous verrez s’inquiéter les hôteliers, les restaurateurs sur un tourisme déjà affaibli…

Peut être, n’affectionnez-vous pas particulièrement la mer et ne comprenez pas ce qui pousse, surfeurs, véliplanchistes, plongeurs et même simples baigneurs à y aller, surtout devant le risque encouru ; risque que vous pensez avoir bien cerné, depuis longtemps, et ce mieux que les surfeurs, puisque vous avez fait le bon choix, celui d’éviter la mer et ses dangers. Et bien, rappelons-nous que l’on habite une île cernée par l’océan, et qu’une partie de notre population a vocation à fréquenter l’océan, comme peuvent l’avoir les polynésiens, les calédoniens, les cap-verdiens, etc…Il est sans fondement d’imaginer que nous pourrions être les seuls insulaires du globe à ne pas interagir avec notre environnement et à nous priver de nos fonds marins, nos plages et nos vagues.

Par ailleurs, dans cette description du surfeur réunionnais, je prends le risque d’en décevoir certains : ceux qui croient par ignorance que le surfeur est un néo-nazi prêt à sacrifier sur l’autel du plaisir de sa glisse la race entière des requins.

Le surfeur est tout autre.

Interrogez-le : il vous répondra qu’il est contre le massacre de ces espèces… Etonné ? Vous pensiez avoir le monopole de volonté de protection de la nature ?

Débattre avec nous sur la nécessité du requin dans l'écosystème marin n'est pas utile. Savez-vous que le surfeur est sensibilisé dés son plus jeune âge par des moniteurs diplômés ou par des surfeurs plus âgés au respect de l’environnement ? Et si parfois cette prise en charge éducative fait défaut, le surfeur grandit avec l’amour de son sport, une discipline « à émission carbone zéro ». Il grandit avec une inclination particulière pour l’eau claire et translucide. Aucun surfeur n’aime voir la dégradation de son habitat. Le surfeur ne ménage pas sa peine pour la défense des spots de surf. Mieux encore, il étend cette protection, des qu’il le peut, au littoral avoisinant. C’est pourquoi le surfeur s’investit dans des associations écologiques connues à travers le monde telles que la célèbre Surfrider Foundation.

Vous n’entendrez jamais un surfeur manquer de respect à l’océan. Vous ne l’entendrez jamais non plus prendre avec légèreté le risque requin ou faire une plaisanterie de mauvais goût. Même le jeune surfeur ne joue pas à Pierre et le Loup. Les anciens sont là pour l’en dissuader aussitôt, la menace étant bien trop sérieuse à nos yeux. Le surfeur grandit au sein d’une communauté solidaire face aux risques. Et je m’étonne toujours, de l’extraordinaire courage des amis ou inconnus qui, loin de faire l’otarie devant le danger, viennent prêter main forte aux victimes des attaques de requins : ceux qui prennent un très gros risque à escorter hors de l’eau les surfeurs mutilés. Loin d’en témoigner, ces anonymes le vivent comme un traumatisme caché qu’il est préférable d’oublier.

N’en déplaise à d'autres, le surfeur a toujours bien eu conscience du risque requin à la Réunion. Pour preuve, il le jugeait acceptable et n’avait jamais fait auparavant la demande de mesures de protection. Malgré les attaques sporadiques mais néanmoins dramatiques de ces deux dernières décennies, les surfeurs conservaient le silence, pratiquant l’éviction des spots incriminés. Or, il se trouve que le risque a changé. Il a même explosé sur une portion de notre île. Ceux qui pensent le contraire souffrent de désinformation. Le risque n’a jamais été aussi grand qu’aujourd’hui. Le nier mettra demain des vies en péril inutilement.

Là encore, les surfeurs, répertoriant dans leur mémoire les attaques de requins de manière indélébile, peuvent vous aider : ils vous énumèreront et décriront les précédentes attaques dans le Sud et l’Est de l’île. Ils vous expliqueront comment une zone saint-pierroise de surf et de baignade est redevenue vierge de toute activité nautique depuis 7 ans. Ils vous confirmeront que la zone saint-gilloise était épargnée depuis plus de 20 ans. Il vous diront que loin de gouter leurs proies, les requins d’aujourd’hui sont beaucoup moins farouches, qu’ils ont élu domicile à Saint-Gilles (là où se baignent vos marmailles) et qu’ils ne sont pas assez bêtes pour oublier leur nouvelle zone de chasse. Les surfeurs vous expliqueront que les attaques récentes ne sont plus des erreurs d’appréciation, qu’il n’y a plus de confusion pour certains requins, et qu’à l’heure de se nourrir, ceux-ci nous ont désormais bien identifiés comme des prises assurées qui les sustenteront.

C’est pourquoi, dans cette abondance de messages inopportuns et manquant de soutien, les surfeurs vous lisent et s’interrogent…

Nous voudrions bien savoir : quand avez-vous perdu votre affection pour nos jeunes surfeurs, véritables petits Saint-Bernard des mers, prêts à partager leur planche dans la nécessité de vous secourir ? Quand avez-vous décidé que le surfeur n’avait plus sa place dans l’Océan ? Quand avez-vous cru que nous voudrions être responsables du massacre d’une espèce pour le seul plaisir de notre discipline ?

Nombre d’entre nous ont exaucé le vœu de ces observateurs éloignés de notre discipline et du problème requin : plusieurs d’entre nous n’ont pas attendu et ont rangé leur planche dans une housse sur une étagère au fond du garage. J’en fais partie et je le regrette. Pourtant, des solutions existent pour le retour des surfeurs dans la mer. Certaines sont écologiques et d’autres moins. Laissez-nous les trier et vous les exposer. Encore éprouvés, laissez-nous nous rassembler, sans manque de respect pour les victimes, et surtout sans les déclarer responsables de leur triste sort. Je vous invite à comprendre, à vous renseigner, à questionner les surfeurs…

Ils vous diront qu’un enfant de 12 ans fait des merveilles avec une planche par drapeau rouge et que le surf réunionnais intègre désormais l’élite mondiale. Ils vous diront que le requin se joue de vos statistiques d’horaires de prédation ou de la taille des vagues. Ils vous diront que les accusations d’imprudence des dernières attaques n’expliquent pas ce phénomène nouveau. Ils vous diront que  les mesures « hygièno-diétético-préventives » (météo, horaires, eau claire..) ne suffisent plus. Ils partageront leur expérience de la mer parce qu’elle est grande, en particulier sur notre île. Si vous leur demandez leur avis, ils vous diront tout ce que vous désirez savoir. »

  La réalité du surf ne semble ainsi pas correspondre à l’étiquette d’un sport égoïste pratiqué par des égoïstes, pourtant véhiculée avec tant de conviction. L’exemple de l’engagement historique de ces derniers dans la protection de l’environnement en constitue un témoignage.

 

Une des plus belles compilations, de ce qu’il convient d’appeler une véritable « anthologie » du surf, réalisée par Hugo Verlhomme et Benoît Masurel est consultable sur un site dédié au surf : « 1_2_3 Océan».

Ces auteurs proposent une réflexion sur la place du surfeur dans notre société, où l'eau est omniprésente sur terre de l'origine de la vie, à la mort. Ils posent la question de cette activité en tant que fantastique atout face aux défis que nous réserve l'avenir planète déjà recouverte à 70% par les océans, entre montée des eaux, ouragans et tsunamis.

En voici un extrait : « C’est peut-être le plus ancien jeu au monde. L’eau en mouvement crée la vie et c’est cette genèse qui se rejoue à chaque fois entre l’homme et la vague. Surfer, c’est aussi célébrer l’apparition de la vie. Mais d’un jeu enivrant, puis d’une mode, le surf est devenu, au fil des ans, un véritable art de vivre.

À leur façon, les surfeurs montrent le chemin. Leur vie est orientée par rapport à l’eau, à l’océan, aux vagues. Les meilleurs d’entre eux, les plus complets, sont appelés des « watermen », des « hommes de l’eau », capables de surfer des grosses vagues, de sauver des gens en difficulté, de plonger, pêcher, naviguer dans toutes les conditions. Ces hommes et ces femmes ne le font pas parce qu’ils y sont forcés par les éléments ou les événements, mais bel et bien par pur plaisir, un bonheur proche de l’extase (…)

Que ceux qui ne surfent pas ouvrent les yeux sur cet autre univers qui va prendre de plus en plus de réalité pour la planète. Le tsunami du 26 décembre n’est probablement qu’un signe avant-coureur d’une série d’accidents climatiques menant obligatoirement à ce constat : l’eau gagne du terrain. Il ne s’agit pas de s’en réjouir ou de s’en plaindre, mais d’agir en conséquence, et pour cela nous devons devenir plus aquatiques. Face à la montée des eaux, l’humanité doit s’océaniser pour survivre. Le surf est l’une des voies les plus nobles et les plus excitantes vers cette nouvelle mutation qui nous attend tous…”

1) « Guardians of the Surf : The role and value of surfers in Australian beach and coastal surf rescues » (Gardiens des Vagues : le rôle et l’importance des surfeurs dans les sauvetages sur les plages de la côte australienne). Janvier 2015, Anna Attard de l’UNSW (Université de Nouvelle-Galles du Sud). L’étude basée sur 545 réponses recueillies par une enquête en ligne révèle que 63% des surfeurs interrogés avaient le sentiment d’avoir sauvé au moins une vie. Elle indique que 45 % des sauvetages sur des plages surveillées sont en réalité effectués par des surfeurs, et la proportion grimpe à 53 % pour les plages non surveillées.

2) fait divers relaté dans un article du quotidien de l’île de la réunion du 6 mars 2013 intitulé « des surfeurs sauvent un pêcheur ».

3) Pour obtenir le diplôme de sauvetage, l'épreuve la plus redoutée était celle qui consistait à porter secours à un des les examinateurs, souvent le plus costaud. Celui-ci simule une noyade, et lorsqu'il vous approchez de lui, il vous ceinture fermement et vous coule au fond du bassin. Il convient alors de réaliser des prises de dégagement,  semblables à des prises de judo. Ces techniques permettent de se défaire de cette emprise, maîtriser la victime, et la ramener jusqu'au bord. Il est déconseillé d’intervenir auprès d'un baigneur en détresse si l'on ne maîtrise pas ces fameuses prises.

4)http://blog.surf-prevention.com/2010/07/23/sauvetage-les-surfeurs-ces-heros/

5) Témoignage d’un élu dans un article de septembre 2010  du journal Sud-Ouest intitulé : « surfeur la veine de héros » http://www.sudouest.fr/2010/10/09/surfeurs-la-veine-de-heros-207414-2907.php

6) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-nombre-de-noyades-a-diminue-grace-aux-surfeurs_1142907.html#jDRheUJ5hbPIhixz.01

7) Arnaud Barrey est un surfeur réunionnais passionné qui a toujours vécu dans le sud de l’île, historiquement concernée par les attaques de requins. C’est un sujet qu’il connaît bien. Il est multiple champion de France de Bobyboard, et pharmacien.

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