Préambule : précisons qu'indépendamment d'une centaine d'attaques de requins recensée en moyenne chaque année dans le monde, nous nous attachons plus particulièrement aux attaques MORTELLES (voire graves/mutilantes) qui classent l'île de la Réunion  ces 5 dernières années en tant que lieu LE PLUS DANGEREUX de la planète en regard du nombre d'habitants, du nombre de km de côtes, et surtout le nombre de personnes exposées aux risques dans l'océan. Ce risque est d'autant plus démesuré que l'accès à l'océan est interdit depuis le 26 juillet 2013 à l'île de la Réunion, ce qui a conduit à réduire de façon drastique le nombre d'usagers nautiques exposé à l'aléa-requin.

 (les passages en bleu renvoient à des liens hypertextes)

Nous avions dressé il y a 2 jours un bilan pour l'année 2016 en avançant le chiffre de quatre décès pour la planète tout entière (un surfeur, 1 baigneur, un kiteur, un plongeur) à partir de la seule liste connue : celle du site « sharkattackfile ». Ce site propose une liste détaillée et référencée avec 127 attaques recensées pour l'année 2016.

Toutes les attaques sont indiquées avec des couleurs différentes entre celles qui sont provoquées, non provoquées, non confirmées, etc.

Ce site recense dans cette liste 5 attaques mortelles, dont une sur un pêcheur (non comptabilisé en principe car considérée comme provoquée)

Il faut savoir qu’au plan mondial, la seule institution qui fait référence est le muséum d'histoire naturelle de Floride dirigée par le « pape » des requins, Georges Burgess.

Le secrétaire de l'association OPR Jean François Nativel et Georges Burgess lors du 5ème Workshop international sur les attaques de requin à Recife au Brésil, avril 2014

 

C'est lui qui fait la pluie et le beau temps sur les chiffres, et jusqu'à présent, il semble bien qu’il ne mettait jamais la liste des attaques en ligne, et se contentait de publier son fameux rapport annuel, repris par tous les médias de la planète.

 En général, ce rapport sort début février (voir ici le précédent rapport pour l'année 2015 publiée le 9 février 2016 pour l'année dernière)

Toute la subtilité des chiffres dépend de l'analyse de chaque attaque par Burgess, selon des critères précis, voir ici la traduction (Google) du préambule au rapport 2015 qui reprécise les critères :

"L'International Shark Attack File a enquêté sur 164 incidents de prétendue interaction homme-requin qui se produisent dans le monde en 2015. Après examen, 98 de ces incidents représentaient des cas confirmés d'attaques de requins non provoquées chez l'homme.

 Les « attaques non provoquées» sont définies comme des incidents où une attaque contre un humain vivant se produit dans l'habitat naturel du requin sans provoquer le requin par les humains.

Sont considérées comme des attaques provoquées : les incidents impliquant des requins et des plongeurs dans des aquariums publics ou des enclos de recherche, les dommages infligés par les requins à des humains déjà morts (les plus souvent des victimes de noyade), les attaques de bateaux et d'autres incidents impliquant la provocation humaine se produisent dans ou hors de l'eau. Les « attaques provoquées» se produisent habituellement lorsqu'un humain commence un contact physique avec un requin, par ex. un plongeur mordu après s'être emparé d'un requin, des attaques contre des pêcheurs de requins et de ceux qui nourrissent des requins, des morsures survenant lors de la décrochage ou de l'enlèvement d'un requin d'un filet de pêche, etc.

Les 66 incidents non reconnus en 2015 comprenaient 36 attaques provoquées, 14 impliquant une embarcation motorisée ou pas («attaque de bateau»), un cas impliquant des navires coulés ou avions abattus («désastre aérien-maritime»), un incident impliquant des morsures post-mortem ("scavenge") et sept cas dans lesquels les données étaient trop rares pour déterminer si une attaque de requins s'est produite («preuve insuffisante»). Huit incidents ont été considérés comme n'impliquant pas un requin, dont deux cas attribués à des raies et trois cas isolés impliquant un poisson bleu, une anguille et une espèce de poisson inconnue. Trois autres cas ont été considérés comme impliquant des blessures abiotiques."


On nous a communiqué très récemment un lien avec la liste mis en ligne par le musée de Floride (merci P.B.)

Ainsi Burgess aura retenu pour l'année 2015 98 attaques non provoquées (dont six fatales) et donc comptabilisées, sur 164 attaques répertoriées (dont neuf mortelles) au total pour l'année 2015 : voir ici le lien et la carte

Pour l'année 2016 qui vient de se terminer, voici la liste et la carte disponible, non mise à jour, de la TOTALITÉ des attaques survenu en 2016 avec 128 accidents dont huit mortelles.

 La grande question est maintenant de savoir combien d'attaques Burgess comptabilisera pour l'année 2016. C'est lui qui décide, avec ses critères.

Ainsi dans le passé par exemple, il n’a pas compté pas les pêcheurs de coquillages (ormeaux) dévorés souvent par des grands blancs car il considère qu'il s'agissait d'une "attaque provoquée". Pourtant seules les stimulations d'un poisson fléché par un chasseur sous-marin constituent une « provocation » ! En quoi ramasser des coquillages au fond de l'océan constituerait une « provocation » ? Enfin bref…

De même, une attaque mortelle sur un pêcheur en kayak qui avait laissé traîner son mollet dans l'eau à Hawaii en 2013 n'aura pas été comptabilisé car il aura considéré qu'il s'agissait d'une attaque provoquée là aussi, sans savoir si il était en action de pêche, où s’il avait attrapé à un poisson.

Tout cela pour dire que nous ne pouvons pas nous avancer plus en attendant son verdict sur les attaques qu'il considérera comme « prouvées formellement » avec témoin(s) fiable(s).

Précisons que cela est souvent le cas dans le cadre de la pratique des sports nautiques, où les attaques surviennent souvent dans des lieux fréquentés.

Ce qui est le cas presqu’à chaque fois à l’île de la Réunion, où les attaques surviennent souvent le week-end ou un jour férié, devant des dizaines voire des centaines de témoins.

 Vous aurez compris que cette recherche de « preuves indubitables » s’inscrit dans une tendance minimisante s’agissant du risque représenté par les requins (conformément au discours commun de l’ensemble des biologistes des instituts et muséums de l’ensemble de la planète)

On peut noter une différence entre ces deux sites qui font référence :

- le premier site recense uniquement 5 attaques mortelles pour 2016 (dont une sur un plongeur-pêcheur[1] au Fidji, a priori non comptabilisable)

- le site du muséum de Floride de Burgess lui comptabilise 8 attaques mortelles en 2016.

Voir l'extrait ci-dessous :

 C’est assez surprenant de constater une telle différence d’autant que le premier site semble être très rigoureux dans le recueil des données.

 Celle-ci semble s’expliquer par le fait que le muséum de Floride comptabilise 2 attaques de « plongeurs-pêcheurs » et une autre sur un plongeur en Australie (post-mortem ou pas ?) non recensés sur l’autre site « sharkattackfiles ».

 Mais l’inverse, le site « sharkattackfiles » comptabilise forcément quelques attaques non recensées par le Museum de Floride, puisque lui aussi arrive à un total de 127 attaques recensées pour l’année 2016 (128 en comptant la dernière du 31 décembre 2016 en Nouvelle-Calédonie)

 Ces petites différences peuvent s’expliquer par le fait que chaque site accède à des informations et d’autres non. Par ailleurs, certaines attaques très légères sans gravité peuvent être comptabilisées par l’un et non par l’autre. Enfin, les victimes, familles et proches peuvent elles-mêmes faire directement leurs déclarations sur le site de l’une ou l’autre de ces organes de référence, d’où les différences constatées.

Précisons qu’il existait également un troisième site –lui aussi avec quelques données différentes par rapport au 2 autres[2]- « shark attack survivors » par le charismatique Al Brenenka, Floridien survivant d’une attaque en 1978, à l’origine de « shark attack survivors for conservation » également à la tête de l'excellent site « sharkyear », mais qui n’est plus malheureusement mis à jour depuis début 2016.

 

En conclusion, la comptabilisation et le recensement des attaques sur la planète restera une activité complexe, et encore pour longtemps.

Il apparaît donc indispensable de ne pas se contenter d’une seule lecture mais bien de recouper l’ensemble des sources disponibles, pour avoir une vue la plus précise possible.

 Il est fort probable que Burgess ne retienne que quatre décès pour l’année 2016, car seuls quatre semble être formelle, et ne mettent pas en cause des « plongeurs-pêcheurs ». La réponse bientôt d’ici un mois…

 

 En partant du postulat de 4 attaques mortelles retenues, une chose est sûre :

La France EST TOUJOURS N°1 DE LA PLANÈTE avec 50 % des attaques mortelles pour l'année 2016 (2 sur 4) après avoir été également N°1 DE LA PLANÈTE avec 50 % des attaques mortelles pour l'année 2015 !!! (3 sur 6 : 2 à la Réunion et une en Nouvelle-Calédonie )

Comme chaque année, contrairement aux idées reçues, il n'y aura eu en 2016 qu'un SEUL surfeur parmi les quatre décès (avec pour les 3 restant : une baigneuse, une plongeuse, et un kiteur)
(quatre baigneurs et 2 surfeurs pour l'année 2015)
C’est l’occasion de rappeler que RÉDUIRE UNE ATTAQUE DE REQUIN A UNE "IMPRUDENCE DE SURFEUR" CONSTITUE UNE IDIOTIE PROFONDE !

 L'île de la Réunion n'aura pas connu de mort cette année, mais l'attaque du 27 août 2016 qui laisse un jeune homme doublement mutilé, en fait sans conteste l'attaque non-mortelle la plus grave de toute l'année pour la planète entière !!!
Ce drame continue à placer notre territoire comme en des endroits les plus dangereux de la planète.
Et si cette année nous ne défrayons pas plus la chronique, c'est UNIQUEMENT parce que l'océan est toujours INTERDIT, et parce que également plusieurs dizaines de gros squales ont été "neutralisés" en 2016, car n'oublions pas qu'il reste quelque centaines de passionnés qui sont TOUS LES JOURS encore à l'eau à l'île de la Réunion, sur des spots non protégés, risquant leur vie dans ce que l'on peut appeler la "roulette réunionnaise", et qui doivent, à n'en pas douter pour certains, leur salut à cette pression exercée sur nos redoutables prédateurs côtiers.

 


[1]  Il y a toujours une grosse ambiguïté pour certaines attaques, dont les détails ne sont pas suffisants tel que pour celle-ci des Fidji. Le seul article de presse existant parle bien d’un plongeur, mais indique qu’il s’agit d’un « pêcheur expérimenté » (il y a environ 50 millions de pêcheurs dans le monde, c’est le métier le plus répandu). De ce fait, la simple mention de cette « profession » suffit bien souvent pour qu’elle ne soit pas comptabilisée comme cela aura été le cas dans le passé (à moins que Georges dispose d’autres éléments plus précis émanant des autorités locales). Sachant que de plus, il n’y a pas eu d’après cet article de témoin direct : ses 6 compagnons de plongée ce jour-là auront juste retrouvé son corps présentant des morsures à la surface de l’eau.

[2] Pour exemple le site « shark attack survivors » comptabilise 121 attaques pour 2015 (dernière année référencée par ce site) contre 164 en 2015 pour le Museum de Floride.

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